Un frère a attendu plus de vingt ans avant de contester le testament qui l'écartait de la succession de son frère, et la Cour de cassation vient de lui donner le droit de le faire. Par un arrêt publié du 9 septembre 2026, sa première chambre civile juge que l'action en nullité d'un testament olographe qui n'a pas été écrit en entier de la main du testateur peut être exercée par toute personne qui y a intérêt. Une seconde règle suit, tout aussi concrète : la preuve que la nullité a été couverte pèse sur le bénéficiaire du testament, pas sur les héritiers évincés. Réglementation à jour en septembre 2026.
La part de chaque héritier détermine l'abattement et le barème qui lui sont appliqués : calculer la part de chaque héritier et les droits de succession.
Un testament de 1990, une contestation vingt ans plus tard
L'affaire démarre en 1990. Un homme décède sans enfant. Il laisse son épouse, sa mère, son frère et sa sœur. Quelques semaines après le décès, un testament olographe daté du 27 janvier 1990 est déposé chez un notaire : il désigne l'épouse comme légataire universelle et écarte de la succession le frère et la sœur. La mère, elle, restait héritière réservataire.
Plus de vingt ans plus tard, le frère saisit la justice : selon lui, le testament n'a pas été écrit de la main de son frère, et il en demande l'annulation. Le juge ordonne une expertise graphologique. La procédure traversera ensuite trois niveaux de juridiction.
| Étape de la procédure | Date | Issue |
|---|---|---|
| Décès du testateur | 1990 | Testament du 27 janvier 1990 déposé chez un notaire |
| Assignation par le frère | Plus de vingt ans après le décès | Expertise graphologique ordonnée |
| Tribunal | 2019 | Testament annulé |
| Cour d'appel | 2024 | Jugement infirmé, action des frère et sœur jugée irrecevable |
| Cour de cassation, 1re chambre civile | 9 septembre 2026 | Cassation totale, renvoi devant une autre cour d'appel |
Pour la cour d'appel, seule la mère du défunt, titulaire d'une réserve héréditaire, avait qualité pour attaquer l'acte. La Cour de cassation censure ce raisonnement et renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel. Reste à rejuger le fond : le testament était-il, oui ou non, de la main du défunt ?
Ce que la Cour de cassation a jugé, point par point
L'arrêt tranche deux questions distinctes : la qualité pour agir d'abord, la charge de la preuve ensuite.
Qui peut attaquer un testament olographe pour vice de forme
L'article 970 du Code civil pose une règle de forme stricte : « Le testament olographe ne sera point valable s'il n'est écrit en entier, daté et signé de la main du testateur : il n'est assujetti à aucune autre forme. » Une autre main, même pour quelques lignes, suffit à faire manquer cette condition.
Pour savoir qui peut invoquer ce vice, la Cour s'appuie sur l'article 31 du Code de procédure civile, selon lequel « l'action est ouverte à tous ceux qui ont un intérêt légitime au succès ou au rejet d'une prétention », sauf lorsque la loi réserve le droit d'agir à certaines personnes. Or aucun texte ne réserve l'action en nullité pour vice de forme aux seuls héritiers réservataires. La solution en découle :
- l'action en nullité absolue pour vice de forme est ouverte à tous ceux qui y ont intérêt ;
- le frère et la sœur, collatéraux privilégiés du défunt, étaient écartés de la succession par l'effet des dispositions contestées ;
- ils avaient donc qualité et intérêt à agir, sans que la présence d'une héritière réservataire (la mère) leur retire ce droit.
Vice de forme et insanité d'esprit ne se confondent pas. Le Flash Defrénois du 17 septembre 2026 le relève : contester l'état mental du testateur renvoie à un autre texte, l'article 901 du Code civil, et à un autre régime. L'arrêt commenté ici vise uniquement la forme de l'acte.
Qui doit prouver que la nullité a été couverte
Un acte nul peut parfois être confirmé. En droit commun des contrats, le Code civil définit la confirmation comme l'exécution volontaire de l'acte en connaissance de la cause de nullité (article 1182). Toute la question était donc de savoir si la mère avait exécuté le testament en connaissant son vice, et l'avait ainsi confirmé.
La cour d'appel avait mis cette preuve à la charge des héritiers, sommés de démontrer que leur mère ignorait le vice. La Cour de cassation remet les choses à l'endroit :
- c'est à celui qui invoque la confirmation d'un acte nul d'en rapporter la preuve ;
- il appartenait donc à la légataire, défenderesse, de démontrer que la mère avait confirmé l'acte en pleine connaissance de cause ;
- en exigeant l'inverse des héritiers, la cour d'appel a inversé la charge de la preuve.
Des années de silence d'un héritier ne suffisent donc pas à valider un testament vicié. Il faut établir qu'il connaissait le vice et qu'il a malgré tout exécuté l'acte.
En bref
Le testament olographe écrit par une autre main que celle du défunt peut être attaqué par tout héritier écarté qui y a intérêt. Celui qui invoque une confirmation de l'acte nul doit la prouver.
Chaque délai est vérifié sur Légifrance ou service-public.fr. Par exemple :
- Déclarer le décès en mairie : 24 heures si le décès a lieu à l'hôpital ou en Ehpad, sinon dès que possible
- Organiser les obsèques : entre 24 heures après le décès et le 14e jour calendaire qui suit
- Prévenir la banque, l'employeur et les caisses de retraite : pas de délai légal, dès que possible
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Ce que cet arrêt change pour votre succession
Les héritiers écartés par un testament à l'écriture suspecte sortent renforcés de cet arrêt. La porte du tribunal ne s'ouvre pas pour autant d'elle-même : tout repose sur l'intérêt à agir, qui se mesure à ce que chacun recevrait si le testament disparaissait.
L'intérêt à agir dépend de la dévolution légale
La succession jugée s'est ouverte en 1990, avant la loi n° 2001-1135 du 3 décembre 2001 relative aux droits du conjoint survivant. Les droits du conjoint ont beaucoup évolué depuis. Si vous êtes frère ou sœur d'un défunt marié, ce point vous concerne directement.
Voici ce que prévoit aujourd'hui le Code civil lorsque le défunt ne laisse ni enfant ni descendant :
| Situation familiale du défunt | Qui hérite sans testament | Texte |
|---|---|---|
| Marié, père et mère vivants | Conjoint : la moitié ; père et mère : un quart chacun | Article 757-1 du Code civil |
| Marié, père et mère décédés | Le conjoint recueille toute la succession | Article 757-2 du Code civil |
| Marié, père et mère décédés, biens de famille | La moitié des biens reçus des ascendants, retrouvés en nature, revient aux frères et sœurs ou à leurs descendants | Article 757-3 du Code civil |
| Non marié, père et mère vivants | Un quart pour chaque parent, l'autre moitié partagée entre frères et sœurs | Dévolution légale |
L'arrêt ne le dit pas lui-même, mais la conséquence pratique saute aux yeux : face à un défunt marié sans descendant, un frère ou une sœur n'aurait souvent rien reçu même sans testament, hors biens de famille visés par l'article 757-3. Contre un testament au profit du conjoint, son intérêt à agir peut alors se réduire à ces biens, voire disparaître. À l'inverse, un frère ou une sœur écarté par un testament au profit d'un tiers, alors que le défunt n'était pas marié, retrouve une vocation successorale si l'acte tombe. Notre guide sur les droits de succession entre frères et sœurs détaille ces parts et leur fiscalité.
Les réflexes à adopter si un testament vous écarte
- Demandez au notaire chargé de la succession une copie du testament et vérifiez s'il s'agit bien d'un testament olographe, écrit à la main, et non d'un testament authentique reçu par notaire.
- Rassemblez des écrits incontestables du défunt, idéalement contemporains de la date du testament : courriers, chèques, documents manuscrits. Ils serviront de base de comparaison à l'expertise.
- Évaluez votre intérêt à agir à partir de la dévolution légale : que recevriez-vous si le testament était annulé ?
- Ne tardez pas. Aujourd'hui, les actions personnelles se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer (article 2224 du Code civil).
- Si vous êtes bénéficiaire d'un testament contesté, conservez toute trace montrant que les héritiers connaissaient le vice et ont malgré tout exécuté l'acte : c'est à vous qu'incombera cette preuve.
La procédure elle-même (vérification d'écriture pour un testament olographe, inscription de faux pour un testament authentique) est détaillée étape par étape dans notre article sur les recours pour contester un testament. Pour épargner ce type de litige à vos proches, retrouvez les règles de forme dans notre guide pour rédiger son testament sans notaire.
Questions fréquentes
Un frère ou une sœur peut-il contester un testament olographe qui l'écarte ?
Oui, s'il y a intérêt. Par un arrêt du 9 septembre 2026, la Cour de cassation juge que l'action en nullité d'un testament olographe qui n'a pas été écrit en entier de la main du testateur peut être exercée par toute personne qui y a intérêt, y compris des collatéraux privilégiés écartés par le testament. La présence d'un héritier réservataire ne leur retire pas ce droit.
Faut-il être héritier réservataire pour attaquer un testament pour vice de forme ?
Non. La cour d'appel avait réservé cette action à la mère du défunt, héritière réservataire, mais la Cour de cassation a censuré ce raisonnement. L'action en nullité absolue pour vice de forme est ouverte à tous ceux qui y ont intérêt, conformément à l'article 31 du Code de procédure civile.
Qui doit prouver qu'un testament nul a été confirmé par les héritiers ?
C'est à celui qui invoque la confirmation de la prouver, en pratique le bénéficiaire du testament. Il doit démontrer que l'héritier a exécuté l'acte volontairement en connaissant le vice. Les héritiers qui contestent n'ont pas à prouver qu'ils ignoraient ce vice.
L'arrêt du 9 septembre 2026 annule-t-il le testament en cause ?
Non. La Cour de cassation a cassé l'arrêt de cour d'appel rendu en 2024 et renvoyé l'affaire devant une autre cour d'appel. La question de savoir si le testament a bien été écrit de la main du défunt doit donc encore être rejugée.
En résumé
L'arrêt du 9 septembre 2026 pose deux repères simples. Tout héritier écarté par un testament olographe suspect peut en demander la nullité pour vice de forme dès lors qu'il y a intérêt, sans être réservataire. Et c'est au bénéficiaire du testament, non aux héritiers évincés, de prouver une éventuelle confirmation de l'acte nul. Avant d'agir, vérifiez toutefois ce que la loi vous attribuerait sans testament : ce calcul, bien plus que le seul lien de parenté, fonde votre droit d'agir.
