Réussir uneSuccession
← Tous les articles✍️ Testament et réserve héréditaire

Légataire universel : ce qu'il reçoit, ses démarches et ce qu'il paie

· 9 min de lecture · Camille Duval

Un homme aux tempes grises écoute une femme assise en face de lui à la table d'un salon lumineux, en fin d'après-midi.

Vous venez d'apprendre qu'un proche vous a désigné légataire universel dans son testament, sans savoir encore ce que cela vous donne ni ce que cela vous impose.

Réglementation à jour en octobre 2026

Le légataire universel est la personne qu'un testament appelle à recueillir l'ensemble des biens du défunt. Face à des héritiers réservataires, il ne reçoit que la quotité disponible. Il doit souvent obtenir la délivrance ou l'envoi en possession, répond des dettes et paie des droits selon son lien de parenté.

Qu'est-ce qu'un légataire universel ?

En bref

Le légataire universel est désigné par testament pour recevoir l'universalité des biens du défunt. Il se distingue du légataire à titre universel, qui reçoit une fraction, et du légataire particulier, qui reçoit un bien précis.

Le Code civil classe les dispositions d'un testament en dispositions universelles, à titre universel et à titre particulier. Le légataire universel est celui qui a vocation à tout recueillir. Cette vocation compte plus que ce qu'il touche réellement. Face à des héritiers réservataires, il ne recueille que la quotité disponible, après avoir acquitté les autres legs.

Quelques points pratiques :

  • seul un testament peut désigner un légataire universel, jamais la loi ;
  • le testateur peut en désigner plusieurs, qui se partagent alors cette vocation.

Le légataire universel n'est pas forcément un héritier au sens de la loi. Cette différence pèse sur la façon dont il entre en possession des biens et sur les droits qu'il paie. Pour situer cette notion parmi les différentes formes de legs et leur fiscalité, le site détaille aussi le legs à titre universel et le legs particulier.

Quelle part reçoit-il face aux héritiers réservataires ?

En bref

Face à des descendants, le légataire universel ne reçoit que la quotité disponible, le reste revenant aux enfants. Sans enfant ni conjoint survivant non divorcé, il n'existe plus d'héritier réservataire : aucune réserve ne limite le legs.

La loi protège certains proches par la réserve héréditaire : une part de la succession qui leur revient obligatoirement, quoi que dise le testament. Ces proches sont appelés héritiers réservataires. Ce sont les enfants et, si le défunt n'a pas eu d'enfant, le conjoint survivant. Le reste, que le défunt pouvait donner librement, s'appelle la quotité disponible. C'est tout ce que le légataire universel peut recevoir quand des réservataires existent.

Famille laissée par le défunt Part maximale du légataire universel
1 enfant la moitié des biens
Deux enfants le tiers des biens
Trois enfants ou plus le quart des biens
Pas de descendant, conjoint survivant non divorcé les trois quarts des biens (le conjoint garde un quart)
Ni descendant ni conjoint survivant la totalité des biens

Les parents, les frères et les sœurs du défunt ne sont pas réservataires : sans enfant ni conjoint, un testament peut les écarter entièrement au profit d'un légataire universel.

Si vous estimez qu'un testament empiète sur votre réserve, les recours possibles contre un testament dépendent de sa forme et de ce que vous lui reprochez.

Comment entre-t-il en possession des biens ?

En bref

Tout dépend du testament et de la famille. Sans réservataire, le légataire institué par testament authentique est saisi de plein droit. Avec un héritier réservataire, le légataire universel doit obtenir la délivrance de son legs.

Entrer en possession, c'est pouvoir gérer les biens, encaisser les sommes et agir en propriétaire. Pour un héritier désigné par la loi, ce pouvoir, appelé la saisine, existe dès le décès, sans démarche. Pour un légataire universel, la démarche change selon la forme du testament et la famille du défunt.

Testament authentique, sans héritier réservataire

S'il n'existe aucun héritier réservataire, le légataire universel institué par testament authentique est saisi de plein droit : il entre en possession sans formalité particulière, comme un héritier.

Testament olographe ou mystique, sans héritier réservataire

Le testament olographe est celui que le défunt a écrit lui-même, à la main. Une fois le testament déposé chez lui, le notaire vérifie les conditions de la saisine du légataire : le caractère universel du legs et l'absence d'héritier réservataire. La procédure judiciaire d'envoi en possession n'est plus automatique : elle ne devient nécessaire qu'en cas d'opposition, comme le détaille la section suivante.

En présence d'un héritier réservataire

En présence d'un héritier réservataire, le légataire universel doit obtenir la délivrance de son legs pour entrer en possession des biens. Il la demande aux héritiers réservataires, qui reconnaissent ainsi ses droits sur les biens qui lui reviennent.

Checklist gratuite
Les 8 démarches après un décès, avec leurs délais légaux

Chaque délai est vérifié sur Légifrance ou service-public.fr. Par exemple :

  • Déclarer le décès en mairie : 24 heures si le décès a lieu à l'hôpital ou en Ehpad, sinon dès que possible
  • Organiser les obsèques : entre 24 heures après le décès et le 14e jour calendaire qui suit
  • Prévenir la banque, l'employeur et les caisses de retraite : pas de délai légal, dès que possible
  • et 5 autres étapes, jusqu'aux pénalités de retard

La checklist s'affiche tout de suite et vous est aussi envoyée par email. Vous recevrez ensuite nos conseils succession de temps en temps, sans spam, désinscription en un clic.

Qui peut s'opposer à l'envoi en possession, et comment ?

En bref

Toute personne intéressée, par exemple un héritier qui conteste le testament, peut former opposition auprès du notaire chargé de la succession. En cas d'opposition, le légataire doit demander l'envoi en possession au président du tribunal judiciaire.

Cette étape concerne surtout le testament olographe ou mystique, sans héritier réservataire. C'est le cas typique d'une personne sans enfant qui lègue tout à un ami, à un neveu ou à un concubin, en écartant ses frères, ses sœurs ou ses parents.

Peut s'opposer toute personne qui a intérêt à ce que le légataire ne reçoive pas les biens : le plus souvent les héritiers que le testament écarte, parfois un autre légataire qui produit un testament différent. L'opposition se forme auprès du notaire chargé de la succession, pas devant un juge. Le délai pour s'opposer est soumis aux dispositions légales en vigueur, à valider avec votre notaire.

Une fois l'opposition formée, le légataire universel ne peut plus entrer en possession par la seule vérification du notaire. Il doit demander l'envoi en possession au président du tribunal judiciaire.

Ces précisions évitent une confusion fréquente :

  • l'opposition ne remet pas en cause le testament : le légataire doit alors demander l'envoi en possession au président du tribunal judiciaire ;
  • contester la validité du testament lui-même (écriture, date, état de santé du testateur) relève d'une autre action en justice, distincte de l'opposition.

Si vous pensez être dans l'une de ces situations, prenez contact avec le notaire chargé de la succession dès que vous apprenez l'existence du testament. C'est lui qui reçoit l'opposition et qui vous indiquera le délai applicable à votre dossier.

Le légataire universel doit-il payer les dettes du défunt ?

En bref

Il répond des dettes à hauteur de sa part s'il accepte purement et simplement ; l'acceptation à concurrence de l'actif net protège ses biens personnels. Il peut aussi renoncer au legs.

Le légataire universel recueille un patrimoine entier, biens et dettes compris. Il supporte donc les dettes et les charges de la succession. Lorsqu'il partage la succession avec des héritiers réservataires, il en supporte une part correspondant à ce qu'il reçoit. Il doit aussi remettre aux autres légataires les legs particuliers prévus par le testament.

Comme un héritier, il dispose de trois options :

  • accepter purement et simplement : il reçoit sa part et doit payer les dettes du défunt dans la limite de ses droits dans la succession ;
  • accepter à concurrence de l'actif net : il ne paie les dettes que dans la limite de ce qu'il reçoit, ce qui suppose un inventaire des biens et une déclaration au greffe ou chez le notaire ;
  • renoncer : il ne reçoit rien et ne doit rien.

Prenez cette décision après avoir vu les comptes du défunt. Quand le passif est incertain (crédits, cautions, dettes fiscales), l'acceptation à concurrence de l'actif net limite le risque.

Quels droits de succession paie le légataire universel ?

En bref

Les droits dépendent du lien de parenté avec le défunt, pas de la qualité de légataire. Un conjoint ou un partenaire pacsé est exonéré ; un légataire sans lien de parenté paie 60 % après un abattement de 1 594 €.

Les abattements et les taux dépendent du lien de parenté avec le défunt, que vous héritiez par la loi ou par testament (article 779 du CGI pour les abattements de parenté, article 777 du CGI pour les taux).

Lien du légataire avec le défunt Abattement Taux appliqué ensuite
Conjoint marié ou partenaire pacsé exonération totale aucun droit
Frère ou sœur (sauf exonération totale sous trois conditions) 15 932 € 35 % jusqu'à 24 430 €, puis 45 %
Neveu ou nièce (enfant d'un frère ou d'une sœur, hors représentation) 7 967 € 55 %
Personne sans lien de parenté 1 594 € 60 %

Prenons un ami du défunt, désigné légataire universel, qui recueille par exemple 50 000 € nets. Après déduction de l'abattement de 1 594 €, sa part taxable est de 48 406 €. Les droits atteignent 29 044 €. Il lui reste donc 20 956 €. Le montant réel dépend de la valeur des biens au jour du décès, retenue dans la déclaration de succession.

Pour estimer vos propres droits selon votre lien de parenté, calculez-les avec le simulateur de droits de succession du site. La page Testament et réserve héréditaire rassemble les autres articles sur le sujet.

Questions fréquentes

Le légataire universel peut-il refuser le legs ?

Oui. Comme tout héritier, il peut renoncer : il ne reçoit alors aucun bien et ne répond d'aucune dette. Il peut aussi accepter à concurrence de l'actif net, pour ne payer les dettes que dans la limite de ce qu'il reçoit.

Faut-il passer par un notaire quand on est légataire universel ?

Oui, dans la pratique. Le testament olographe est déposé chez un notaire, qui vérifie la vocation universelle du légataire et l'absence d'héritier réservataire. Le notaire prépare aussi la déclaration de succession. Pour savoir à quoi ressemble un testament qui désigne un légataire universel, le site propose un exemple de testament commenté.

Un concubin désigné légataire universel paie-t-il des droits de succession ?

Oui, et ils sont lourds. Le concubin n'a aucun lien de parenté avec le défunt aux yeux du fisc : il relève du taux de 60 % prévu par l'article 777 du CGI, après l'abattement de 1 594 €. Parmi les liens évoqués ici, le conjoint marié et le partenaire pacsé sont exonérés ; un frère ou une sœur ne l'est que sous trois conditions.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Article relu et signé par Camille Duval.

Voir le guide complet : Testament et réserve héréditaire →