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Succession : 6 200 milliards d'euros vont changer de mains d'ici 2040 selon les notaires

24 septembre 2026 · 8 min de lecture · Camille Duval

Un notaire présente à un couple senior un graphique de flux de patrimoine sur une tablette, dans une étude notariale lumineuse avec des documents de succession posés sur le bureau

Six mille deux cents milliards d'euros. C'est le patrimoine que les notaires de France attendent de voir transmis d'ici 2040, soit l'équivalent de plus de deux années de production économique du pays. Le chiffre, publié le 22 septembre 2026 par le Conseil supérieur du notariat, a de quoi nourrir l'idée d'une manne fiscale pour l'État. Les mêmes notaires, qui établissent 95 % des déclarations de succession en France, apportent pourtant une donnée qui dit l'inverse : plus de 60 % des successions ne donnent lieu à aucun paiement de droits. Voici ce que ces chiffres mesurent réellement, et ce qu'ils changent pour votre propre transmission.

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Ce que le rapport du Conseil supérieur du notariat mesure

L'étude s'appuie sur une enquête menée par le Conseil supérieur du notariat (CSN) auprès de ses membres en mai 2026, croisée avec des données publiques de l'Insee et de la DGFiP. Elle mesure l'ampleur d'un mouvement précis : celui du vieillissement des baby-boomers, aujourd'hui à l'âge où leurs propres parents disparaissent, et où eux-mêmes s'apprêtent à transmettre.

Donnée Chiffre Période
Patrimoine total à transmettre (hypothèse médiane) 6 200 milliards d'euros 2025-2040
Successions précédées d'au moins une donation 27,2 % -
Âge moyen de la première donation 64 ans et 3 mois -
Montant moyen de la première donation environ 286 000 € -
Montant moyen de l'actif successoral transmis au décès 307 500 € -
Successions sans aucun droit à payer plus de 60 % -
Hausse attendue du flux annuel de successions, à législation constante moins de 30 % vs 2018-2024

Source : moneyvox.fr et boursorama.com, étude du Conseil supérieur du notariat publiée le 22 septembre 2026.

Bertrand Savouré, président du CSN, résume l'enjeu en une phrase : la grande transmission est devenue « un sujet majeur de débat public ». Un quart des successions environ, très précisément 27,2 %, ont déjà été précédées d'une donation du vivant du défunt. Comptez large : 15 ans en moyenne avant le décès, si l'on rapproche l'âge moyen de la première donation, 64 ans et 3 mois, de celui du décès.

Un flux qui s'étale sur quinze ans, pas un choc immédiat

Le CSN insiste sur un point : à législation inchangée, cette vague se traduirait par une hausse de moins de 30 % du flux annuel de successions par rapport à la période 2018-2024. Ce n'est pas un doublement soudain, mais une accélération progressive, répartie sur une quinzaine d'années.

Pourquoi cette échéance précisément

Le phénomène tient en une cause : le vieillissement de la génération des baby-boomers, dont les décès, et donc les transmissions de patrimoine, se concentrent sur cette période de quinze ans. Les notaires disposent ici d'un point d'observation quasi exhaustif : ils établissent 95 % des déclarations de succession en France, rappelle Bertrand Savouré. Leurs projections pèsent donc plus lourd que d'autres estimations, plus théoriques.

Pourquoi un chiffre aussi élevé ne se traduit pas en recettes fiscales équivalentes

Le CSN conteste explicitement l'idée d'une « aubaine fiscale » pour l'État. L'explication tient à la mécanique même des droits de succession en ligne directe.

  • Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du Code général des impôts). Pour une famille avec deux enfants héritant de deux parents, cela représente jusqu'à 400 000 € transmis sans aucun droit.
  • Le conjoint survivant ou le partenaire de Pacs est totalement exonéré de droits de succession depuis la loi TEPA de 2007 (article 796-0 bis du CGI).
  • Au-delà des abattements, le barème progressif applicable en ligne directe va de 5 % à 45 % : consultez le détail des sept tranches dans notre barème des droits de succession en ligne directe.
  • Les donations réalisées plus de 15 ans avant le décès n'entrent plus dans le calcul du rappel fiscal, ce qui explique pourquoi 27,2 % des transmissions passent déjà par la donation plutôt que par le seul héritage.

Le montant moyen de l'actif successoral déclaré au décès, 307 500 €, se retrouve ainsi souvent absorbé, en tout ou partie, par les abattements légaux, avant même d'atteindre la première tranche du barème. Le décalage entre un total macroéconomique impressionnant et une réalité fiscale individuelle beaucoup plus modeste tient à ce seul mécanisme, combiné à l'exonération totale du conjoint.

Un chiffre qui arrive au cœur d'un débat budgétaire déjà tendu

Cette étude du CSN paraît une semaine après que la Cour des comptes a elle-même recommandé de revoir la fiscalité du patrimoine : abaisser le barème des droits de succession, mais aussi réduire l'avantage fiscal du pacte Dutreil et de l'assurance-vie. Nous détaillons ces seize recommandations, non votées à ce jour, dans notre article sur les propositions de réforme fiscale de la Cour des comptes. Les deux publications ne portent pourtant pas sur le même terrain. La Cour des comptes propose des changements de règles ; le CSN décrit la réalité actuelle du terrain notarial. Elles alimentent malgré tout le même débat, à quelques jours du dépôt attendu du projet de loi de finances 2027.

Ce que ça change concrètement pour vous

Ces chiffres ne créent aucune obligation nouvelle et ne modifient aucun texte de loi. Ils confirment cependant une tendance déjà à l'œuvre chez plus d'un quart des familles françaises : anticiper la transmission plutôt que d'attendre le décès.

  • Si vous envisagez une donation, sachez que l'abattement de 100 000 € par enfant se reconstitue tous les 15 ans : plus la donation intervient tôt, plus vous avez de chances de voir ce délai s'écouler avant la succession. Le mécanisme exact est détaillé dans notre article sur le rappel fiscal des donations et la règle des 15 ans.
  • L'âge moyen de 64 ans et 3 mois relevé pour une première donation n'est pas un seuil légal, seulement une moyenne observée par les notaires interrogés en mai 2026 : rien n'empêche une donation plus précoce ou plus tardive selon votre situation patrimoniale.
  • Le fait que 60 % des successions échappent à tout droit ne dispense pas de vérifier votre propre cas : la présence de donations antérieures, la composition de votre patrimoine ou le nombre d'héritiers peuvent faire basculer votre situation dans une tranche imposable.
  • Aucune de ces données ne préjuge des évolutions législatives à venir : le budget 2027, dont le dépôt est attendu fin septembre, reste le texte à surveiller si vous souhaitez ajuster une stratégie de transmission.
  • Le montant moyen de la première donation relevé par le CSN, environ 286 000 €, dépasse l'abattement individuel de 100 000 € par enfant et par parent : selon votre situation familiale, cet écart peut correspondre à une donation à plusieurs bénéficiaires ou par plusieurs donateurs, ou à une part volontairement taxée dans les tranches basses du barème.

Ces chiffres restent des moyennes nationales. Votre situation réelle dépend de la composition de votre patrimoine, du nombre d'héritiers et des donations déjà effectuées : c'est ce que mesure un calcul individuel, pas une statistique agrégée sur 6 200 milliards d'euros.

Questions fréquentes

Que signifie le chiffre de 6 200 milliards d'euros publié par les notaires ?

C'est une estimation, en hypothèse médiane, du patrimoine total qui devrait être transmis en France entre 2025 et 2040, par succession ou par donation. Elle provient d'une étude du Conseil supérieur du notariat publiée le 22 septembre 2026, croisant une enquête menée en mai 2026 auprès des études notariales avec des données de l'Insee et de la DGFiP.

Pourquoi la majorité des successions ne paient-elles aucun droit malgré ce chiffre élevé ?

Parce que le montant global agrège l'ensemble des patrimoines transmis, alors que chaque succession individuelle bénéficie des abattements légaux, notamment 100 000 € par enfant et par parent, et de l'exonération totale du conjoint survivant. Selon le CSN, plus de 60 % des successions ne donnent lieu à aucun paiement de droits une fois ces abattements appliqués.

Ce rapport du CSN change-t-il la fiscalité des successions ?

Non. Il s'agit d'une étude statistique sur l'ampleur et les modalités de la transmission de patrimoine en France, pas d'un texte de loi ni d'un projet de réforme. Le barème et les abattements actuels restent inchangés tant qu'aucune loi de finances ne les modifie.

Faut-il anticiper sa succession par une donation avant 2040 ?

Le rapport montre que 27,2 % des successions sont déjà précédées d'une donation, en moyenne autour de 64 ans, ce qui permet de faire courir le délai de 15 ans nécessaire à la reconstitution de l'abattement. Cette pratique reste un choix personnel, à évaluer selon votre situation patrimoniale et familiale, pas une obligation issue de ce rapport.

Le chiffre de 6 200 milliards d'euros donne une échelle inédite à la grande transmission qui s'annonce. Il ne dit rien, en revanche, de votre situation individuelle. Ce que confirme surtout cette étude, c'est que les mécanismes actuels d'abattement et d'exonération continuent, pour la majorité des familles, à faire l'essentiel du travail.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

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