Réussir uneSuccession
← Tous les articles🔑 Usufruit et nue-propriété

Usufruit viager vs usufruit temporaire : différences et effets fiscaux

17 juillet 2026 · 8 min de lecture · Réussir une Succession

Usufruit viager vs usufruit temporaire

Usufruit viager ou usufruit temporaire : lequel s'applique à votre héritage ?

Un usufruit viager dure jusqu'au décès de l'usufruitier, alors qu'un usufruit temporaire est limité à une durée fixe, indépendamment de la vie de l'usufruitier. Cette différence de durée impacte directement la valeur fiscale de votre héritage et l'horizon auquel vous récupérerez la pleine propriété. Si vous venez d'hériter d'un bien en nue-propriété, identifier la forme d'usufruit qui s'applique vous permet de calculer les droits de succession dus et d'anticiper le moment où vous disposerez librement du bien.


1. Usufruit viager et usufruit temporaire : deux durées, deux régimes distincts

L'usufruit est le droit de jouir d'un bien dont un autre détient la nue-propriété, à charge d'en conserver la substance (article 578 du Code civil). L'usufruitier peut habiter le logement, le louer, percevoir les loyers ou les dividendes, tandis que le nu-propriétaire conserve le droit de disposer du bien (le vendre ou le transmettre), mais sans en jouir tant que l'usufruit existe.

1.1 L'usufruit viager : une durée liée à la vie de l'usufruitier

L'usufruit viager s'éteint automatiquement au décès de l'usufruitier (article 617 du Code civil). La nue-propriété se consolide alors en pleine propriété entre les mains du nu-propriétaire, sans formalité particulière. C'est la forme la plus courante en succession, notamment lorsque le conjoint survivant reçoit l'usufruit des biens du défunt. La durée réelle de cet usufruit est donc incertaine : elle dépend uniquement de la longévité de l'usufruitier.

Pour les personnes morales, l'article 619 du Code civil limite l'usufruit viager à 30 ans, assimilant de fait cet usufruit à un usufruit temporaire.

1.2 L'usufruit temporaire : une durée fixée contractuellement ou légalement

L'usufruit temporaire est consenti pour une durée déterminée, fixée dans l'acte (par exemple 10, 15 ou 20 ans). Il prend fin à l'expiration du terme prévu, quel que soit le sort de l'usufruitier. Si l'usufruitier décède avant le terme, l'usufruit peut, selon les clauses de l'acte, être transmis à ses héritiers jusqu'à l'échéance, ou s'éteindre immédiatement (ce point doit être vérifié dans l'acte notarié).

L'usufruit temporaire est souvent utilisé dans les montages de donation avec réserve d'usufruit, où le donateur souhaite se réserver la jouissance du bien pendant une période fixe, par exemple 10 ans, avant que le donataire ne récupère la pleine propriété.


2. Comment la durée influe sur la valeur fiscale de l'usufruit

La distinction viager/temporaire détermine directement la valeur fiscale de l'usufruit et de la nue-propriété, et donc le montant des droits de mutation dus. Ces valeurs sont définies par l'article 669 du Code général des impôts (CGI).

Pour l'usufruit viager (article 669 I CGI) :
La valeur est calculée par tranches d'âge de l'usufruitier au jour de la mutation. Le barème officiel fixe une fraction de la pleine propriété pour l'usufruit, la nue-propriété valant le complément à 100 %. Par exemple, pour un usufruitier de moins de 21 ans révolus, l'usufruit vaut 90 % de la pleine propriété et la nue-propriété 10 % ; pour un usufruitier de plus de 91 ans révolus, l'usufruit vaut 10 % et la nue-propriété 90 %.

Pour l'usufruit temporaire (article 669 II CGI) :
La valeur est fixée par périodes de 10 ans, sans égard à l'âge de l'usufruitier. Le barème indique que l'usufruit vaut 23 % de la pleine propriété par période de 10 ans. Ainsi, un usufruit temporaire de 10 ans vaudra 23 %, un usufruit de 20 ans vaudra 46 %, et un usufruit de 30 ans vaudra 69 % de la pleine propriété. La nue-propriété vaut toujours le complément à 100 %.

À savoir : Ces valeurs fiscales servent à calculer les droits de succession dus par le nu-propriétaire et l'usufruitier. Plus l'usufruit vaut cher fiscalement, plus la part taxable du nu-propriétaire est faible, et inversement. Pour connaître le barème complet et calculer vos droits de succession en fonction de votre situation, consultez le barème des droits de succession.

Tableau comparatif : usufruit viager vs usufruit temporaire

Critère Usufruit viager Usufruit temporaire
Durée Vie de l'usufruitier Terme fixé (contractuel ou légal)
Base légale Article 617 Code civil Articles 617 et 619 Code civil
Valeur fiscale (art. 669 CGI) Barème par tranche d'âge 23 % par période de 10 ans
Extinction anticipée possible Oui (renonciation, consolidation) Oui (terme atteint, renonciation)
Cas le plus fréquent en succession Conjoint survivant Donation avec réserve d'usufruit

3. Les causes d'extinction : ce qui met fin à chaque forme d'usufruit

L'usufruit, qu'il soit viager ou temporaire, s'éteint dans plusieurs situations.

3.1 Causes communes aux deux formes

  • Renonciation de l'usufruitier : l'usufruitier peut renoncer à son droit (article 621 du Code civil). Cette renonciation doit être formalisée par acte notarié pour un bien immobilier.
  • Consolidation : réunion de l'usufruit et de la nue-propriété dans les mêmes mains (par exemple, si le nu-propriétaire achète l'usufruit à l'usufruitier, ou inversement).
  • Abus de jouissance : si l'usufruitier commet des dégradations graves du bien ou compromet les droits du nu-propriétaire, ce dernier peut demander en justice la déchéance de l'usufruit (article 618 du Code civil).
  • Non-usage pendant 30 ans : l'usufruit s'éteint par prescription extinctive si l'usufruitier n'exerce pas son droit pendant 30 ans (article 617 du Code civil).

3.2 Causes propres à chaque forme

  • Usufruit viager : le décès de l'usufruitier est la seule cause automatique d'extinction. À ce moment, la nue-propriété se consolide automatiquement en pleine propriété.
  • Usufruit temporaire : l'arrivée du terme fixé dans l'acte éteint l'usufruit, indépendamment du décès de l'usufruitier. Si l'usufruitier décède avant le terme, l'usufruit s'éteint également, sauf clause contraire dans l'acte prévoyant la transmission de l'usufruit aux héritiers jusqu'à l'échéance.

À savoir : Le décès avant le terme éteint l'usufruit temporaire dans la plupart des cas, mais cette règle peut être modifiée par une clause spécifique de l'acte notarié. Vérifiez le contenu exact de l'acte avec votre notaire pour connaître les modalités d'extinction applicables à votre situation.


4. Quelle forme d'usufruit pour quel profil d'héritier ?

Si vous venez d'hériter d'un bien en nue-propriété, identifier la forme d'usufruit vous permet de connaître l'horizon de récupération de la pleine propriété et de calculer vos droits de succession.

Vous héritez d'un bien dont le défunt avait réservé l'usufruit à son conjoint :
C'est un usufruit viager. Il s'éteindra au décès du conjoint survivant. Votre horizon de récupération dépend donc de la longévité du conjoint. Si le conjoint est jeune, cet horizon peut être de plusieurs décennies ; s'il est âgé, il peut être plus court. La valeur fiscale de votre nue-propriété dépend de l'âge du conjoint au jour de l'ouverture de la succession (barème viager de l'article 669 I CGI).

Vous héritez d'un bien issu d'une donation dont le donateur avait limité l'usufruit à une durée fixe :
C'est un usufruit temporaire. Vérifiez le terme dans l'acte notarié de donation. Par exemple, si l'usufruit a été constitué pour 15 ans à compter de la donation, vous récupérerez la pleine propriété à l'échéance de ce terme, indépendamment du décès du donateur. La valeur fiscale de votre nue-propriété dépend de la durée restante de l'usufruit (barème temporaire de l'article 669 II CGI).

Vous êtes nu-propriétaire face à une personne morale usufruitière :
La durée de l'usufruit est plafonnée à 30 ans par l'article 619 du Code civil, même si l'acte prévoyait une durée supérieure ou un usufruit viager. Dans ce cas, l'usufruit est traité comme temporaire, et sa valeur fiscale suit le barème temporaire de l'article 669 II CGI.

À savoir : La distinction viager/temporaire change le montant des droits de succession dus par le nu-propriétaire. Un usufruit viager sur un usufruitier jeune aura une valeur fiscale élevée (par exemple 90 % de la pleine propriété), ce qui réduit la valeur taxable de la nue-propriété. Un usufruit temporaire de 10 ans vaudra 23 % de la pleine propriété, ce qui augmente la valeur taxable de la nue-propriété. Comparez les deux situations avec le barème complet pour anticiper vos droits.


5. Ce que cette distinction change concrètement pour la gestion du bien hérité

L'horizon de récupération de la pleine propriété dépend directement de la forme d'usufruit. Un usufruit viager sur un usufruitier de 60 ans peut signifier 20 à 30 ans d'attente avant de pouvoir disposer librement du bien (le vendre, le louer pour son compte, etc.). Un usufruit temporaire de 10 ans donne une date certaine à laquelle vous récupérerez la pleine propriété, ce qui facilite l'arbitrage entre garder, louer ou vendre le bien. Cette certitude peut également rendre le bien plus attractif pour un acheteur potentiel de la nue-propriété, car l'horizon de démembrement est connu d'avance.


6. Maillage et ressources complémentaires

Voir le barème complet des droits de succession

Pour comprendre d'autres formes de démembrement ou de droits voisins de l'usufruit :


Disclaimer : Cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Pour toute décision concrète (donation avec réserve d'usufruit, démembrement temporaire, option du conjoint survivant), consultez un notaire ou un professionnel du droit, afin de tenir compte de votre contexte familial, patrimonial et fiscal.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Usufruit et nue-propriété