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Sortir de l'indivision entre frère et sœur : 4 voies, leurs conditions

17 juillet 2026 · 11 min de lecture · Réussir une Succession

Comment sortir de l'indivision entre frère et sœur

Comment sortir de l'indivision entre frère et sœur

Vous détenez avec vos frères et sœurs un bien immobilier hérité et vous souhaitez récupérer votre part ? Quatre voies légales permettent de sortir de l'indivision successorale : vente amiable du bien indivis, rachat des parts des autres héritiers par soulte, partage en nature ou création d'une SCI, et en dernier recours, vente forcée sur décision judiciaire. Chacune implique des conditions, des délais et des frais différents qu'il est essentiel de connaître avant d'agir.

Les 4 voies pour sortir de l'indivision entre frère et sœur

Le Code civil permet à tout indivisaire de sortir de l'indivision à tout moment, sauf convention ou jugement contraire (article 815 du Code civil). Quatre options principales s'offrent à vous pour mettre fin à cette situation :

  • Vendre le bien à l'amiable et partager le prix selon les quotes-parts de chacun
  • Racheter les parts d'un ou plusieurs frères et sœurs en versant une soulte
  • Partager le bien en nature (si divisible) ou créer une SCI familiale pour transformer l'indivision en copropriété
  • Forcer la sortie sans l'accord de tous en saisissant le tribunal judiciaire, sous condition de détenir au moins les 2/3 des droits indivis

Le choix dépend de votre situation familiale, de la nature du bien et de l'entente entre héritiers. Pour tout bien immobilier, un acte notarié est obligatoire. Consultez les règles générales de l'indivision successorale pour mieux comprendre vos droits avant d'engager une démarche.

Vendre le bien à l'amiable : unanimité requise

La vente du bien indivis à un tiers nécessite l'accord de tous les indivisaires (article 815-3 alinéa 4 du Code civil). Un seul refus bloque la transaction.

Si tous les frères et sœurs sont d'accord, le notaire procède à :

  • La fixation du prix de vente avec l'ensemble des indivisaires
  • La signature d'un mandat notarié si l'un d'entre vous représente les autres pour les démarches
  • La répartition du produit de la vente selon les quotes-parts de chacun

Point de vigilance : si la quote-part de chacun est inconnue au moment de la vente (par exemple si le partage définitif n'a pas encore été acté), le produit se divise à parts égales entre tous les indivisaires, quel que soit le régime matrimonial du défunt ou les dispositions testamentaires en attente.

Le délai moyen pour finaliser une vente amiable varie entre 3 et 6 mois, selon la complexité du dossier et la rapidité de l'acquéreur.

Racheter les parts d'un frère ou d'une sœur (soulte)

Un indivisaire peut acheter la quote-part d'un ou plusieurs frères et sœurs en versant une soulte (somme compensatrice). Le calcul se fait sur la valeur du bien au jour du rachat.

Droit de préemption des coïndivisaires : si vous souhaitez vendre votre part à un tiers (personne extérieure à la succession), vous devez d'abord notifier cette intention aux autres indivisaires par acte de commissaire de justice (article 815-14 du Code civil). Vos frères et sœurs disposent alors d'un délai d'un mois pour se positionner. S'ils exercent leur droit de préemption, ils rachètent votre part aux prix et conditions notifiés. À défaut, la vente au tiers peut se poursuivre devant notaire.

Risque de nullité : les coïndivisaires ou leurs héritiers peuvent demander l'annulation de la vente dans un délai de 5 ans à partir du jour où ils ont eu connaissance de cette cession. Ce risque justifie le respect strict de la procédure de notification.

Le rachat de parts entre frères et sœurs (sans tiers) ne nécessite pas de notification préalable, mais implique toujours un acte notarié et le paiement de droits d'enregistrement.

Partager le bien en nature ou créer une SCI

Cette option est applicable quand le bien est divisible (immeuble avec plusieurs lots, terrain divisible en parcelles) ou quand les héritiers souhaitent conserver un lien sur le patrimoine familial.

Deux mécanismes principaux :

  • Partage en nature : chaque indivisaire reçoit un lot correspondant à sa quote-part. L'indivision se transforme alors en copropriété. Le notaire établit un acte de partage et fait procéder aux formalités de publicité foncière.
  • Création d'une SCI familiale : les frères et sœurs apportent le bien indivis à une société civile immobilière dont ils deviennent associés. Cela ne fait pas sortir techniquement de l'indivision, mais modifie sa structure : la copropriété du bien devient une copropriété de parts sociales, facilitant la gestion via des statuts et une gérance.

Point à valider avec le notaire : la création d'une SCI ne met pas fin à l'indivision au sens strict, elle la transforme. Si votre objectif est de récupérer votre part en argent rapidement, ce n'est pas la solution adaptée. En revanche, elle convient pour organiser la gestion à long terme d'un patrimoine que plusieurs héritiers veulent conserver.

Forcer la sortie sans l'accord de tous : le seuil des 2/3

Depuis la loi n°2026-248 du 7 avril 2026 (modifiant l'article 815-5-1 du Code civil), les indivisaires détenant au moins les 2/3 des droits indivis peuvent demander au tribunal judiciaire d'autoriser la vente du bien sans unanimité.

Conditions et limites :

  • Cette dérogation ne s'applique pas en cas de démembrement de propriété du bien (usufruit/nue-propriété)
  • Elle ne s'applique pas si un indivisaire est présumé absent ou incapable de manifester sa volonté, ou placé sous mesure de protection
  • La procédure nécessite une notification par acte de commissaire de justice aux autres indivisaires
  • Le juge vérifie que la vente ne porte pas atteinte aux intérêts légitimes des indivisaires minoritaires

À savoir : le tribunal peut, dans ce cadre, autoriser la vente aux conditions de prix et de délai qu'il fixe. Les indivisaires minoritaires conservent le droit de racheter le bien en priorité, sous réserve d'accepter ces conditions dans le délai imparti.

Cette voie reste exceptionnelle et coûteuse (frais d'avocat, de procédure). Elle est à envisager uniquement en cas de blocage persistant après échec des tentatives amiables.

Que faire si un frère ou une sœur ne répond plus

L'absence de réponse d'un indivisaire bloque souvent les décisions importantes (vente, partage). La loi prévoit une procédure pour débloquer la situation.

Vous devez adresser une mise en demeure par acte de commissaire de justice à l'indivisaire passif. Ce document doit préciser la nature de la décision à prendre et les conséquences de l'absence de réponse.

Délai de 3 mois : si l'indivisaire ne répond toujours pas à l'issue de ce délai, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour demander la désignation d'un représentant judiciaire (article 813-1 du Code civil). Ce représentant prendra les décisions à la place de l'indivisaire défaillant jusqu'au partage définitif.

Cette procédure s'applique aussi en cas d'indivisaire présumé absent (personne dont on n'a plus de nouvelles depuis longtemps et dont on ne peut localiser la résidence actuelle).

Si la passivité d'un héritier aboutit à un blocage complet, la vente forcée d'un bien indivis peut être engagée par les autres indivisaires dans les conditions vues plus haut.

Combien coûte la sortie de l'indivision : les frais selon la voie choisie

Le coût varie fortement selon la solution choisie. Le poste principal est souvent les 2,5 % de droits d'enregistrement dus sur l'acte de partage ; le tableau ci-dessous détaille les frais par voie.

Voie de sortie Poste de frais principal Ordre de grandeur
Acte de partage amiable Droits d'enregistrement + émoluments notariés 2,5 % de la valeur de l'indivision + émoluments proportionnels (tarif réglementé, environ 1 à 2 % selon la valeur)
Rachat de parts / Soulte Émoluments notariés Calculés sur la valeur de la part rachetée, barème proportionnel réglementé (environ 1 à 2 %)
Licitation judiciaire Frais notaire + avocat + commissaire de justice Émoluments notariés + honoraires avocat (2 000 à 5 000 € selon complexité) + frais d'actes (500 à 1 500 €)

Avertissement : les montants indiqués sont des ordres de grandeur issus du barème réglementé applicable aux notaires (décret n°2016-230 du 26 février 2016). Ils doivent être confirmés avec votre notaire selon la valeur exacte du bien et la complexité de votre dossier. Les droits d'enregistrement de 2,5 % s'appliquent uniquement à l'acte de partage, pas à une simple cession de parts entre indivisaires (soumise à d'autres droits).

Les frais sont en général répartis entre les indivisaires au prorata de leurs parts. En cas de procédure judiciaire, les frais d'avocat peuvent être mis à la charge de la partie perdante ou répartis selon décision du juge.

Disclaimer : cette simulation des frais a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Consultez un notaire pour obtenir un devis précis adapté à votre situation.

La licitation judiciaire : ultime recours en cas de blocage total

La licitation judiciaire est une procédure de vente aux enchères du bien indivis ordonnée par le tribunal (article 1686 du Code civil). Elle intervient quand aucun accord amiable n'a pu être trouvé et qu'un ou plusieurs indivisaires demandent le partage.

Trois issues possibles :

  • Adjudication à un tiers : le bien est vendu au plus offrant, le prix est partagé entre les indivisaires selon leurs quotes-parts
  • Rachat par un indivisaire : l'un des frères ou sœurs peut se porter acquéreur lors de l'enchère et récupérer le bien en payant les autres
  • Partage du prix : dans tous les cas, si le bien est vendu, le produit est réparti après déduction des frais de justice et notariés

Durée : la procédure peut être longue. Après la décision du juge ordonnant le partage ou la licitation, le notaire liquidateur (désigné par le tribunal) dispose d'un an à compter de sa désignation pour réaliser les opérations de partage. En pratique, entre la saisine du tribunal et la vente effective, comptez souvent entre 18 mois et 3 ans selon l'encombrement des tribunaux et la complexité du dossier.

La licitation est coûteuse (frais de justice, avocat, notaire, commissaire de justice) et conflictuelle. Elle doit rester un dernier recours après échec des solutions amiables. Pour en savoir plus sur la procédure de licitation judiciaire en détail, consultez notre article dédié.

FAQ

Peut-on sortir de l'indivision sans l'accord de tous les héritiers ?

Oui, sous deux conditions : détenir au moins les 2/3 des droits indivis et saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une autorisation de vente (article 815-5-1 du Code civil, modifié par la loi n°2026-248 du 7 avril 2026). Cette dérogation ne s'applique pas en cas de démembrement de propriété, d'indivisaire présumé absent ou sous mesure de protection. Consultez plus haut la section « Forcer la sortie sans l'accord de tous » pour le détail de cette procédure.

Qui paie les frais de notaire lors d'un partage en indivision ?

Les frais de notaire (droits d'enregistrement et émoluments) sont répartis proportionnellement aux quotes-parts de chaque indivisaire. Par exemple, si vous détenez 50 % des droits indivis, vous payez 50 % des frais de partage.

Exception : en cas de partage judiciaire, les frais d'avocat s'ajoutent et peuvent peser différemment selon les positions prises par chaque partie. Le juge peut décider de mettre ces frais à la charge de la partie qui a rendu le partage amiable impossible, ou les répartir entre tous.

Combien de temps une maison peut-elle rester en indivision ?

Il n'existe pas de durée légale maximale. L'indivision peut durer indéfiniment tant qu'aucun indivisaire ne demande le partage ou la sortie.

Une convention d'indivision peut fixer une durée déterminée, plafonnée à 5 ans renouvelables (article 1873-3 du Code civil). Elle nécessite un vote à l'unanimité des indivisaires et peut être reconduite expressément. En l'absence de convention, l'indivision perdure jusqu'à ce qu'un héritier exerce son droit de demander le partage, qui est imprescriptible.

Peut-on vendre sa part d'indivision à un tiers sans l'accord des autres ?

Oui, mais les coïndivisaires disposent d'un droit de préemption : vous devez notifier votre intention de vente par acte de commissaire de justice, en précisant le prix, les conditions et l'identité de l'acquéreur. Vos frères et sœurs ont un délai d'un mois pour se positionner (article 815-14 du Code civil). S'ils exercent leur droit de préemption, ils rachètent votre part aux conditions notifiées. Sinon, la vente au tiers peut se poursuivre.

Pour faciliter cette démarche, consultez notre modèle de lettre de notification aux coïndivisaires.


Calculez ce que vous devez : avant d'engager toute démarche de sortie de l'indivision, estimez les droits de succession et la plus-value potentielle à la revente avec notre simulateur gratuit.


Rappel : cette information a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Consultez un notaire ou un avocat en droit des successions pour adapter ces règles à votre situation familiale et patrimoniale.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Sortir de l'indivision