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Indivisaire qui bloque la vente : recours et délais

17 juillet 2026 · 10 min de lecture · Réussir une Succession

Refus de vendre : un indivisaire bloque

Un indivisaire refuse de vendre : quels recours et dans quels délais ?

Vous souhaitez vendre un bien immobilier hérité, mais l'un des cohéritiers bloque la décision ? Un seul indivisaire peut effectivement bloquer une vente, car la loi exige en principe l'unanimité pour vendre un bien indivis. Toutefois, le Code civil prévoit plusieurs mécanismes pour contourner ce blocage : vente forcée judiciaire (majorité des deux tiers), autorisation judiciaire pour refus abusif, ou partage judiciaire. Délais et conditions varient selon la situation.


Ce que le refus d'un seul indivisaire change concrètement

La règle de l'unanimité pour les actes de disposition (dont la vente)

En indivision successorale, la vente d'un bien immobilier requiert l'accord de tous les indivisaires. Cette exigence découle de l'article 815-3 du Code civil, qui distingue :

  • Les actes de gestion courante (entretien, location de courte durée), décidés à la majorité des deux tiers des droits indivis.
  • Les actes de disposition (vente, hypothèque, donation), qui engagent durablement le patrimoine et nécessitent l'unanimité.

En pratique : si vous êtes trois héritiers détenant chacun un tiers du bien, le refus d'un seul suffit à bloquer la vente amiable, même si les deux autres sont d'accord. Cette règle vise à protéger chaque indivisaire contre une décision qui modifierait de façon irréversible la composition du patrimoine indivis.

Pourquoi même un indivisaire minoritaire peut bloquer

La quote-part (fraction des droits indivis) ne change rien au principe d'unanimité pour une vente. Un indivisaire détenant 10 % des droits dispose du même pouvoir de blocage qu'un autre en détenant 50 %, dès lors qu'il s'agit d'un acte de disposition. Ce mécanisme peut paraître rigide, mais le législateur a prévu des soupapes de sortie pour éviter qu'un blocage ne devienne définitif.

À savoir : l'unanimité ne s'applique qu'aux décisions qui engagent l'indivision de façon durable. Pour les actes de gestion courante (réparations, paiement des charges, location), la majorité des deux tiers des droits suffit (art. 815-3 du Code civil).


Les recours prévus par la loi

La vente forcée judiciaire : conditions et seuil des deux tiers (art. 815-5-1 du Code civil)

Introduit par la loi du 12 mai 2009, l'article 815-5-1 du Code civil permet aux indivisaires représentant au moins deux tiers des droits indivis de demander au tribunal judiciaire d'autoriser la vente d'un bien malgré l'opposition d'un ou plusieurs autres.

Conditions de fond :

  • Détenir au moins deux tiers des droits indivis (calculés sur les quotes-parts, pas sur le nombre de personnes).
  • Démontrer que la vente ne porte pas une atteinte excessive aux droits des opposants et respecte l'intérêt commun de l'indivision.

Procédure en deux temps :

  1. Phase notariale : les indivisaires majoritaires (≥ 2/3) expriment devant notaire leur intention de vendre. Le notaire fait signifier cette intention aux autres indivisaires par acte d'un commissaire de justice. Les indivisaires minoritaires disposent alors d'un délai pour répondre (acceptation, refus, ou silence). Les sources grand public évoquent un délai de trois mois, mais cette durée doit être vérifiée dans le Code civil à jour ou auprès d'un professionnel, car elle n'apparaît pas textuellement dans les extraits légaux consultés.

  2. Phase judiciaire : en cas d'opposition ou de silence, le notaire dresse un procès-verbal de difficultés. Les indivisaires majoritaires saisissent alors le tribunal judiciaire pour demander l'autorisation d'aliéner le bien. Le juge peut :

    • Autoriser la vente amiable malgré le refus du minoritaire.
    • Ou ordonner une vente aux enchères (licitation judiciaire) si nécessaire.

À savoir : certaines sources évoquent un délai d'un an pour que l'héritier opposant réagisse avant la saisine du juge, mais ce délai ne figure pas textuellement dans les extraits officiels consultés. Il convient de le vérifier directement dans le Code civil ou auprès d'un professionnel avant de s'y fier.

L'autorisation judiciaire pour passer outre un refus abusif (art. 815-5 du Code civil)

Distinct du mécanisme des deux tiers, l'article 815-5 du Code civil permet à un indivisaire de demander au juge l'autorisation de passer seul un acte (vente, hypothèque…) lorsque le refus des autres indivisaires met en péril l'intérêt commun.

Conditions :

  • Démontrer que le refus compromet gravement l'indivision (par exemple : bien qui se dégrade faute de vente rapide, charges qui s'accumulent, dette fiscale imminente).
  • Le juge apprécie au cas par cas la réalité du péril et la proportionnalité de la mesure.

En pratique, ce recours est plus rare que l'article 815-5-1, car il exige de prouver un péril réel et imminent, pas seulement un désaccord sur l'opportunité d'une vente.

Le partage judiciaire comme alternative à la vente

Si l'accord sur une vente amiable reste impossible, tout indivisaire peut demander le partage de la succession, en application du principe « nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision » (art. 815 du Code civil).

Comment procéder :

  1. Saisir le tribunal judiciaire pour demander le partage.
  2. Le juge examine la situation et peut :
    • Attribuer le bien à l'un des héritiers, moyennant le versement d'une soulte (compensation financière) aux autres.
    • Ou ordonner la vente du bien et la répartition du prix entre les indivisaires, le plus souvent via une vente aux enchères (licitation).

Conséquence : même si un indivisaire bloque la vente amiable, il ne peut pas empêcher les autres de demander le partage, ce qui peut aboutir à une vente judiciaire. Toutefois, la licitation se fait généralement à un prix inférieur à celui d'une vente amiable classique, en raison du contexte contraint.

À savoir : le partage judiciaire n'est pas instantané. Comptez entre 12 et 24 mois selon la complexité du dossier et l'encombrement du tribunal.


Délais et étapes de la procédure

Saisir le tribunal judiciaire : qui, comment, dans quel délai

Qui peut saisir ?

  • Tout indivisaire peut demander le partage judiciaire (art. 815).
  • Seuls les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits peuvent demander l'autorisation de vente forcée (art. 815-5-1).

Comment ?

  • Faire appel à un avocat, qui rédige une assignation devant le tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession (généralement le dernier domicile du défunt).
  • Joindre les pièces justificatives : acte de notoriété, certificat de propriété, échanges entre indivisaires, procès-verbal de difficultés dressé par le notaire (si phase notariale préalable).

Délai de saisine :

  • Aucun délai minimum n'est imposé par la loi : vous pouvez saisir le tribunal dès que le blocage est avéré et la tentative amiable échouée.
  • En revanche, si vous avez opté pour la procédure de l'article 815-5-1, respectez les délais de notification prévus (signification par commissaire de justice, délai de réponse des opposants).

Durée réaliste d'une procédure et frais à anticiper

Durée :

  • Phase notariale (art. 815-5-1) : 3 à 6 mois entre la signification et le procès-verbal de difficultés.
  • Phase judiciaire : 12 à 24 mois en moyenne, selon l'encombrement du tribunal et la complexité du dossier (expertises, désaccords multiples).
  • Total : entre 18 et 30 mois de la première démarche à la vente effective, si la voie judiciaire est nécessaire.

Frais à prévoir :

  • Honoraires d'avocat : comptez 2 000 à 5 000 € selon la complexité.
  • Frais de commissaire de justice (significations) : 100 à 300 € par acte.
  • Droits de partage (si partage judiciaire) : 2,5 % de l'actif net partagé, à répartir entre les indivisaires (art. 746 du Code général des impôts).
  • Frais de licitation (si vente aux enchères) : commission du commissaire-priseur, publicité légale, environ 10 à 15 % du prix de vente.

À savoir : les frais de procédure sont souvent répartis entre tous les indivisaires proportionnellement à leurs droits, sauf décision contraire du juge. L'indivisaire à l'origine d'un blocage abusif peut être condamné à payer une part plus importante ou des dommages et intérêts.


Cas particuliers à connaître

L'indivisaire introuvable ou silencieux

Si l'un des cohéritiers ne répond pas aux notifications ou est introuvable, la procédure notariale puis judiciaire reste possible :

  • Le notaire dresse un procès-verbal de carence ou de difficultés.
  • Le juge peut nommer un mandataire successoral pour représenter l'indivisaire défaillant (art. 813-1 du Code civil).
  • La vente ou le partage peut alors être autorisé malgré l'absence de réponse.

Important : un silence ne vaut pas acceptation, mais il n'empêche pas la saisine du tribunal.

Présence d'un usufruit sur le bien (point d'incertitude à signaler : articulation usufruit/nue-propriété en indivision, règle non univoque)

Si le bien indivis est grevé d'un usufruit (par exemple : le conjoint survivant détient l'usufruit, les enfants la nue-propriété), la situation se complique :

  • La vente du bien nécessite en principe l'accord de l'usufruitier ET de tous les nus-propriétaires.
  • En cas de blocage, les mécanismes des articles 815-5 et 815-5-1 s'appliquent, mais leur articulation avec l'usufruit reste débattue en doctrine : certains auteurs considèrent que l'usufruitier doit être traité comme un indivisaire pour le calcul de la majorité, d'autres estiment que l'usufruit impose une logique distincte.

Cette question doit être tranchée par un notaire ou un avocat spécialisé, car la jurisprudence varie selon les tribunaux.

Bien indivis partiellement financé par un seul héritier

Si l'un des cohéritiers a financé seul des travaux ou remboursé une partie du crédit immobilier après le décès, il dispose en principe d'une créance sur l'indivision (art. 815-13 du Code civil). Cette créance doit être :

  • Prouvée (factures, relevés bancaires, attestations).
  • Réclamée explicitement avant le partage ou la vente.

En cas de vente forcée, le juge ordonne généralement le remboursement de la créance sur le prix de vente avant répartition entre les indivisaires. Si le bien n'est pas vendu, la créance peut être compensée lors du partage (attribution du bien au créancier avec soulte diminuée, ou attribution d'un autre bien).

À savoir : ne pas déclarer une créance avant le partage peut entraîner sa prescription ou son rejet par le juge.


Ce que vous pouvez faire avant de saisir un tribunal

Avant d'engager une procédure judiciaire, tentez une médiation amiable :

  1. Organisez une réunion de famille (en présence du notaire si possible) pour comprendre les motivations du blocage : désaccord sur le prix, attachement affectif au bien, difficulté financière à racheter les parts des autres, etc.

  2. Envisagez des solutions alternatives :

    • Rachat de parts : l'indivisaire opposé à la vente peut racheter les parts des autres (avec crédit si nécessaire).
    • Vente de votre propre quote-part : vous pouvez céder votre part à un autre cohéritier ou à un tiers, moyennant notification préalable (art. 815-14 du Code civil). Cette solution vous permet de sortir de l'indivision sans attendre le partage, mais le prix obtenu est souvent inférieur à la valeur réelle de votre quote-part.
  3. Consultez un notaire pour un protocole d'indivision : cet acte peut fixer par avance les règles de gestion, les conditions de sortie, et limiter les blocages futurs.

Pour aller plus loin : consultez notre guide complet sur les options pour sortir de l'indivision, ou, si le blocage porte spécifiquement sur la vente d'un bien que vous souhaitez garder, notre article sur que faire si un héritier refuse de vendre.

Voir le barème complet des droits de succession


Disclaimer : cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Les valeurs, délais et mécanismes évoqués doivent être vérifiés auprès d'un notaire ou d'un avocat spécialisé pour votre situation particulière. Réussir une Succession ne fournit pas de conseil juridique réglementé.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Sortir de l'indivision