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Quote-part et renonciation d'un héritier : effets sur la répartition

17 juillet 2026 · 9 min de lecture · Réussir une Succession

Quote-part en cas de renonciation d'un héritier

Quote-part en cas de renonciation d'un héritier : ce qui change pour les autres

Lorsqu'un héritier renonce à la succession, sa quote-part théorique ne disparaît pas : elle est redistribuée selon des règles légales précises définies par l'article 805 du Code civil. Concrètement, cette part accroît celle des cohéritiers du même rang, sauf si le renonçant a des descendants qui peuvent le représenter ou s'il est seul dans son ordre. Comprendre ces mécanismes permet d'anticiper l'impact fiscal et civil d'une renonciation sur votre propre part d'héritage.


Ce que change concrètement la renonciation sur la quote-part des autres héritiers

Quand un héritier renonce à la succession au sens de l'article 805 du Code civil, sa part est automatiquement réaffectée selon un ordre de priorité strict : d'abord à ses représentants (descendants), à défaut aux cohéritiers du même rang, et en l'absence de cohéritier, au degré subséquent. Cette redistribution modifie la quote-part de chaque héritier restant et, par conséquent, leur assiette taxable aux droits de succession.

L'accroissement automatique au même rang

La règle de base est simple : la part du renonçant accroît celle de ses cohéritiers de même degré. Si trois enfants héritent à parts égales (chacun 1/3) et que l'un d'eux renonce, les deux autres recueillent chacun la moitié de la succession (1/2), sans qu'aucune démarche supplémentaire ne soit nécessaire. L'accroissement est automatique dès que la renonciation est enregistrée (déclaration au greffe du tribunal judiciaire ou devant notaire, article 804 du Code civil).

Exemple chiffré : succession de 300 000 €, trois enfants. Enfant A renonce. Enfants B et C recueillent chacun 150 000 € au lieu de 100 000 €. Leur quote-part passe de 1/3 à 1/2, et leur assiette taxable augmente d'autant.

Pour approfondir les règles générales de répartition, consultez notre guide sur la répartition entre héritiers.

Quand la part ne revient pas aux cohéritiers du même rang

L'accroissement aux cohéritiers ne s'applique que si le renonçant a au moins un cohéritier de même degré. Si ce n'est pas le cas, la part remonte selon la dévolution légale. Trois configurations distinctes existent :

  1. Le renonçant est enfant unique sans descendants : la succession est dévolue aux ascendants (parents) ou, à défaut, aux collatéraux privilégiés (frères et sœurs) selon l'ordre de l'article 734 du Code civil.
  2. Le renonçant est un ascendant seul dans son ordre : la part revient aux descendants ou, à défaut, aux collatéraux ordinaires.
  3. Le renonçant est un collatéral seul dans son ordre : la part est dévolue au degré subséquent (autres collatéraux plus éloignés, jusqu'au 6e degré).

À savoir : lorsque la dévolution remonte à un degré supérieur, le lien de parenté avec le défunt change, ce qui modifie le barème applicable aux droits de succession. Un enfant unique qui renonce fait basculer la succession vers ses parents (ligne ascendante), avec un abattement de 100 000 € par parent et un barème progressif jusqu'à 45 % (identique à la ligne directe descendante, mais sans représentation possible).


Renonciation et représentation successorale : les descendants du renonçant entrent-ils dans la répartition ?

La question revient systématiquement : les enfants du renonçant récupèrent-ils sa part ? La réponse dépend du type de succession (ab intestat ou testamentaire) et de la présence effective de descendants.

Principe : le renonçant ne peut pas être représenté en ligne directe descendante sauf succession ab intestat

L'article 754 du Code civil pose une règle claire : la représentation du renonçant n'est ouverte qu'en ligne directe descendante et uniquement dans les successions ab intestat (sans testament). Concrètement, si la succession suit la dévolution légale et que le renonçant a des enfants, ces derniers prennent sa place et se partagent sa quote-part, exactement comme si leur parent était prédécédé.

Important : le renonçant lui-même ne transmet rien — il est réputé n'avoir jamais été héritier (effet rétroactif de l'article 805, alinéa 1). Ce sont ses descendants qui recueillent directement la part qu'il aurait dû recevoir, par le mécanisme de la représentation.

Pour une analyse détaillée de ce mécanisme, consultez notre guide sur la quote-part et la représentation successorale.

Cas où la représentation s'applique malgré la renonciation

La représentation ne joue que si trois conditions cumulatives sont réunies :

  1. Le renonçant a des descendants (enfants, petits-enfants en cas de prédécès d'un enfant).
  2. La succession est ab intestat (dévolution légale, sans testament ou avec testament partiel qui laisse subsister une part ab intestat).
  3. Les descendants acceptent eux-mêmes la succession (ils disposent également des trois options successorales).

À savoir : si l'enfant unique renonce et n'a pas de descendants, aucune représentation n'est possible. La succession remonte alors aux ascendants (parents du défunt) ou, à défaut, aux collatéraux. Dans ce cas, les cohéritiers du degré supérieur recueillent la totalité, mais leur lien de parenté avec le défunt détermine le barème fiscal applicable, souvent moins favorable qu'en ligne directe.

Configuration avec représentation : défunt laisse trois enfants (A, B, C). A renonce, mais a deux enfants (A1, A2). A1 et A2 se partagent la quote-part de A (1/3 de la succession), soit chacun 1/6. B et C conservent chacun 1/3.

Configuration sans représentation : défunt laisse trois enfants (A, B, C). A renonce et n'a pas de descendants. B et C se partagent la totalité (chacun 1/2), la part de A accroît la leur.


La renonciation au profit d'un héritier désigné : est-ce possible ?

Non, en droit français la renonciation est un acte pur et simple : on ne peut pas « céder » sa part à un héritier précis au moment même de la renonciation. L'article 805 du Code civil ne prévoit aucune possibilité de fléchage : la part du renonçant suit automatiquement l'ordre légal (représentants, cohéritiers, degré subséquent), sans que le renonçant puisse en décider autrement.

Cette règle est souvent mal comprise : certains héritiers pensent pouvoir « renoncer en faveur de » leur frère ou leur neveu. En réalité, renoncer signifie abandonner toute vocation successorale, sans maîtrise de la destination finale de sa part.

Ce qui est possible : la renonciation suivie d'une donation ou d'une cession de droits successifs

Si vous souhaitez transmettre votre part à un héritier précis, deux mécanismes distincts existent :

  1. La cession de droits successifs après acceptation (article 1689 du Code civil) : vous acceptez d'abord la succession (pure et simple ou à concurrence de l'actif net), puis vous cédez vos droits successifs à un tiers (cohéritier ou non) par acte notarié. Cette cession est soumise à des droits d'enregistrement distincts : 2,5 % du prix ou de la valeur déclarée pour une cession à titre onéreux entre cohéritiers (article 750 du CGI), ou droits de donation classiques pour une cession à titre gratuit.

  2. La renonciation suivie d'une donation indirecte : vous renoncez, ce qui provoque l'accroissement aux cohéritiers du même rang, puis vous effectuez une donation séparée (hors succession) à la personne que vous souhaitez gratifier. Attention : cette configuration peut être requalifiée fiscalement si le lien entre les deux actes est manifeste.

Disclaimer obligatoire : toute cession de droits successifs ou donation en lien avec une renonciation doit être sécurisée par un acte notarié. Les conséquences fiscales (droits de mutation, abattements applicables) varient selon la configuration exacte et le lien de parenté. Cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.


Effets de la renonciation sur l'abattement fiscal des héritiers restants

Chaque héritier conserve son abattement personnel (article 779 du CGI) : la renonciation d'un tiers ne modifie ni le montant ni la nature de cet abattement. En ligne directe (parent-enfant), l'abattement est de 100 000 € par enfant ; en ligne collatérale (frère-sœur), il est de 15 932 € ; entre oncle/tante et neveu/nièce, il est de 7 967 €. Ces montants sont appliqués sur la part nette recueillie par chaque héritier, quelle que soit l'évolution de cette part suite à une renonciation.

En revanche, l'assiette taxable de chaque héritier restant augmente mécaniquement puisque sa quote-part s'accroît. Si trois enfants devaient recueillir chacun 100 000 € (après abattement, base taxable proche de zéro) et que l'un renonce, les deux autres recueillent chacun 150 000 € : après abattement de 100 000 €, la base taxable passe à 50 000 € par tête, soumise au barème progressif de l'article 777 du CGI (5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % de 8 072 € à 12 109 €, etc.).

Point de vigilance : représentation et abattement

Si la représentation s'ouvre au profit des descendants du renonçant, chaque représentant bénéficie de l'abattement correspondant à son lien de parenté avec le défunt, non à celui du renonçant (article 779, II du CGI). Exemple : le défunt laisse trois enfants (A, B, C). A renonce, ses deux enfants (A1, A2) le représentent. A1 et A2 bénéficient chacun de l'abattement de 100 000 € en tant que petits-enfants en ligne directe, non de l'abattement « parent » de A.

Pour estimer vos droits de succession selon votre configuration familiale, consultez le barème complet des droits de succession.


Comment calculer votre nouvelle quote-part après renonciation d'un cohéritier

Trois étapes permettent de recalculer votre part et d'anticiper l'impact fiscal :

Étape 1 : Identifier le nombre d'héritiers restants au même rang

Listez tous les héritiers du même ordre que le renonçant (enfants, ascendants, collatéraux privilégiés selon le cas). Si le renonçant a des descendants et que la succession est ab intestat, ajoutez-les au décompte en tant que représentants.

Étape 2 : Vérifier si la représentation s'ouvre

La représentation ne joue que si le renonçant a des descendants et que la succession suit la dévolution légale. Dans ce cas, la quote-part du renonçant est répartie entre ses descendants (par souche), sans accroissement aux cohéritiers du même rang.

Étape 3 : Recalculer la base taxable

Multipliez la valeur nette de la succession par votre nouvelle quote-part, soustrayez votre abattement personnel, puis appliquez le barème de l'article 777 du CGI correspondant à votre lien de parenté avec le défunt. Si la succession comporte un bien immobilier en indivision, votre quote-part indivise augmente dans les mêmes proportions (pour en savoir plus, consultez notre guide sur la quote-part d'un bien immobilier en indivision).

Exemple complet :

  • Succession : 450 000 € (net de dettes et frais).
  • Trois enfants : A, B, C.
  • A renonce, pas de descendants.
  • Quote-part initiale : 150 000 € chacun.
  • Quote-part après renonciation : B et C recueillent chacun 225 000 €.
  • Abattement ligne directe : 100 000 € par enfant.
  • Base taxable pour B et C : 225 000 € - 100 000 € = 125 000 € chacun.
  • Droits de succession (barème art. 777 CGI) : environ 15 % effectif sur cette tranche, soit ~18 750 € par héritier (calcul indicatif, à affiner avec un simulateur officiel).

Voir le barème complet des droits de succession


Rappel : cette simulation a une visée informative et ne remplace pas un acte notarié ni un conseil personnalisé. Toute décision de renoncer ou d'accepter une succession doit être prise après étude de votre situation civile et fiscale par un notaire ou un avocat spécialisé. Les sources citées (Code civil, CGI, service-public.fr, notaires.fr, legifrance.gouv.fr) sont à consulter dans leur version à jour pour toute confirmation de valeur légale.

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un acte notarié ni un conseil personnalisé.

Voir le guide complet : Quote-part et répartition